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Alexeï Navalny « empoisonné » : l’épibatidine au cœur d’une enquête internationale

Résumé

Deux ans après sa mort en février 2024, une enquête européenne révèle qu’Alexeï Navalny aurait été empoisonné à l’épibatidine. Cette toxine rare, extraite des grenouilles-dards d’Équateur, provoque paralysies et troubles respiratoires mortels. Cinq pays européens accusent le Kremlin et saisissent l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Cette révélation ravive le précédent de 2020, quand Navalny avait été empoisonné au Novitchok. L’affaire cristallise les tensions entre la Russie et l’Occident et pose la question de l’efficacité des mécanismes internationaux de contrôle des armes chimiques.

La mort d’Alexeï Navalny [8], figure emblématique de l’opposition russe, continue de susciter de vives tensions diplomatiques et politiques. Deux ans après son décès en février 2024 [9] dans une colonie pénitentiaire de l’Arctique russe, une enquête conjointe menée par cinq pays européens — le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas — affirme désormais que l’opposant aurait été empoisonné à l’aide d’une toxine rare extraite de la peau des grenouilles-dards d’Équateur : l’épibatidine. Cette révélation, rendue publique le 15 février 2026 en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, relance avec force les accusations portées contre le Kremlin et ravive le souvenir d’un précédent empoisonnement qui avait déjà visé Navalny en 2020.

1. Une annonce coordonnée au plus haut niveau européen

Selon un communiqué conjoint dévoilé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, les analyses de laboratoire effectuées sur des échantillons prélevés sur le corps d’Alexeï Navalny ont « confirmé de manière concluante la présence d’épibatidine », une toxine mortelle présente dans certaines grenouilles-dards d’Amérique du Sud. Les autorités britanniques, rejointes par leurs homologues français, allemands, suédois et néerlandais, estiment que cette substance « a très probablement entraîné sa mort ».

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé sur le réseau social X l’usage d’une « arme bactériologique » contre un opposant politique, rendant hommage à une « figure de l’opposition, tuée pour son combat en faveur d’une Russie libre et démocratique ». De son côté, la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a affirmé que « seul le gouvernement russe avait les moyens, le mobile et l’occasion » d’administrer une telle toxine durant l’emprisonnement de Navalny.

Les cinq États ont annoncé leur intention de saisir l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), estimant qu’il s’agirait d’une « violation flagrante » de la Convention sur les armes chimiques [10]. Cette démarche vise à inscrire l’affaire dans un cadre juridique international et à accentuer la pression diplomatique sur Moscou.

2. L’épibatidine : une toxine rare et redoutable

L’épibatidine est un alcaloïde puissant identifié dans les sécrétions cutanées de certaines grenouilles-dards d’Équateur. Extrêmement toxique, cette substance agit sur les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine et peut provoquer des paralysies sévères, des troubles respiratoires et, à forte dose, la mort. Elle ne se trouve pas naturellement en Russie, soulignent les enquêteurs européens, ce qui renforcerait selon eux la thèse d’une importation et d’un usage délibéré.

La sophistication d’un tel poison interroge : son extraction, sa stabilisation et son administration supposent des compétences scientifiques avancées et un accès à des circuits spécialisés. Les autorités occidentales estiment que seuls des acteurs étatiques disposeraient des capacités nécessaires pour se procurer et utiliser une telle toxine sans laisser de traces évidentes.

3. La réaction de la Russie : démentis et accusations de « propagande »

Moscou a fermement rejeté ces accusations. L’agence officielle TASS a relayé les propos de la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, qui a qualifié l’affaire de « propagande ». L’ambassade de Russie au Royaume-Uni a dénoncé une « mise en scène politique », comparant ces accusations à celles formulées lors de l’affaire Skripal.

Le Kremlin avait déjà nié toute responsabilité dans la mort de Navalny en février 2024, lorsque l’administration pénitentiaire avait affirmé qu’il s’était « senti mal après une promenade » avant de perdre connaissance. Les autorités russes avaient également refusé pendant plusieurs jours de restituer le corps à sa famille, alimentant les soupçons de dissimulation.

4. Le rappel du précédent : l’empoisonnement au Novitchok en 2020

L’hypothèse d’un empoisonnement en 2024 s’inscrit dans un contexte marqué par un précédent dramatique. Le 20 août 2020, Alexeï Navalny était tombé gravement malade à bord d’un avion reliant Tomsk à Moscou. Hospitalisé en urgence à Omsk, il avait ensuite été transféré à Berlin, où des analyses avaient établi qu’il avait été exposé à un agent neurotoxique de la famille des Novitchoks, développée à l’époque soviétique.

En octobre 2020, l’OIAC a confirmé que des échantillons sanguins et urinaires de Navalny contenaient des substances similaires à des agents nerveux de la famille des Novitchoks, des toxines organophosphorées extrêmement puissantes développées à l’époque soviétique et interdites par la Convention sur les armes chimiques.

En parallèle, une enquête conjointe menée notamment par le média américain CNN et le collectif d’investigation Bellingcat avait mis en cause des agents du FSB, le service fédéral de sécurité russe. Les investigations suggéraient l’existence d’une unité spécialisée dans les agents neurotoxiques ayant suivi Navalny pendant plusieurs années.

Le président russe Vladimir Poutine avait alors nié toute implication, déclarant que si les services russes avaient voulu tuer l’opposant, « ils auraient fini le travail ». Navalny, après plusieurs mois de convalescence en Allemagne, était rentré en Russie en janvier 2021, où il avait été immédiatement arrêté puis condamné à de lourdes peines de prison pour des motifs qu’il dénonçait comme politiques.

5. Une figure centrale de l’opposition

Charismatique militant anticorruption, Navalny s’était imposé au fil des années comme l’un des principaux opposants au Kremlin. Par ses enquêtes diffusées sur les réseaux sociaux et par l’organisation de manifestations d’ampleur, il avait su mobiliser une partie significative de la société civile russe, notamment les jeunes générations urbaines.

Sa veuve, Ioulia Navalnaïa, a joué un rôle central dans la dénonciation des circonstances de sa mort. Présente à la Conférence de Munich en 2024 puis en 2026, elle a déclaré que ce qu’elle affirmait dès le lendemain du décès — « Vladimir Poutine a tué mon mari » — serait désormais « prouvé par la science ».

6. Un enjeu géopolitique majeur

Si la thèse de l’empoisonnement à l’épibatidine venait à être confirmée par des instances internationales indépendantes, elle constituerait une nouvelle escalade dans l’usage allégué d’armes chimiques contre des opposants politiques. Après le Novitchok en 2020, l’hypothèse d’une toxine issue d’un amphibien sud-américain illustrerait une diversification inquiétante des moyens attribués aux services russes.

L’affaire Navalny dépasse désormais le cadre d’un drame individuel : elle cristallise les tensions entre la Russie et les démocraties occidentales, sur fond de guerre en Ukraine et de dégradation durable des relations diplomatiques. Elle pose également la question de l’efficacité des mécanismes internationaux de contrôle des armes chimiques et de la capacité de la communauté internationale à sanctionner de telles violations.

Deux ans après sa mort, le nom d’Alexeï Navalny demeure ainsi au cœur d’un affrontement politique et symbolique. Pour ses partisans, il incarne le prix payé pour la défense d’une Russie démocratique ; pour ses détracteurs, il reste un instrument d’ingérence occidentale. L’enquête sur l’usage présumé d’une toxine de grenouille-dard ne fait qu’ajouter une dimension supplémentaire à un dossier déjà chargé d’histoire, de controverses et de rivalités géopolitiques.

7. Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’épibatidine et pourquoi est-elle dangereuse ?

L’épibatidine est un alcaloïde extrêmement toxique extrait des sécrétions cutanées de certaines grenouilles-dards d’Équateur. Elle agit sur les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine et provoque des paralysies sévères, des troubles respiratoires et peut entraîner la mort. Sa sophistication nécessite des compétences scientifiques avancées pour son extraction, sa stabilisation et son administration, ce qui suggère l’implication d’acteurs étatiques selon les enquêteurs européens.

Quels pays ont participé à l’enquête sur la mort de Navalny ?

L’enquête conjointe a été menée par cinq pays européens : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas. Ces États ont coordonné leurs analyses de laboratoire sur des échantillons prélevés sur le corps d’Alexeï Navalny et ont conjointement annoncé leurs conclusions lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 15 février 2026, avant de saisir l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

Alexeï Navalny avait-il déjà été victime d’empoisonnement auparavant ?

Oui, le 20 août 2020, Navalny a été empoisonné au Novitchok, un agent neurotoxique de la famille des toxines organophosphorées développées à l’époque soviétique. Après avoir été hospitalisé en urgence à Omsk puis transféré à Berlin, les analyses ont confirmé son exposition à cet agent interdit par la Convention sur les armes chimiques. L’OIAC a officiellement confirmé ces résultats en octobre 2020.

Quelle est la position de la Russie face à ces accusations ?

Moscou rejette fermement toutes les accusations d’empoisonnement. Les autorités russes qualifient l’enquête européenne de « propagande » et de « mise en scène politique », comparant ces accusations à l’affaire Skripal. Le Kremlin avait déjà nié toute responsabilité en 2024, affirmant que Navalny s’était « senti mal après une promenade ». Les autorités ont également refusé pendant plusieurs jours de restituer son corps à sa famille.

Quelles sont les implications géopolitiques de cette affaire ?

L’affaire Navalny cristallise les tensions entre la Russie et les démocraties occidentales, sur fond de guerre en Ukraine. Si l’empoisonnement à l’épibatidine est confirmé, il constituerait une nouvelle escalade dans l’usage d’armes chimiques contre des opposants politiques après le Novitchok en 2020. Elle pose la question de l’efficacité des mécanismes internationaux de contrôle et de la capacité de la communauté internationale à sanctionner ces violations.