Souvent confondue avec l’arme nucléaire, la bombe sale répond à des mécanismes d’action bien distincts. Elle vise moins la destruction massive que la contamination et la désorganisation sociale. Décryptage d’une menace spécifique, des risques aux moyens mis en œuvre pour la prévenir.
Le terme de « bombe sale » désigne tout « engin explosif improvisé » disséminant des agents radiologiques. Lors de l’explosion, les matériaux radioactifs sont répandus en poussière et dispersés par l’effet de souffle. La bombe radiologique associe donc l’intensité thermique et mécanique de l’explosif classique à la dissémination des éléments radioactifs qui peuvent avoir des effets à long terme.
1. Distinction entre bombe radiologique et bombe atomique
Il convient de distinguer bombe radiologique et bombe atomique. Dans ce dernier cas, l’explosion résulte de la fission ou de la fusion de l’élément radioactif. Elle libère une énergie considérable qui déclenche un flash thermique accompagné d’énormes ondes de choc. Elle provoque des destructions massives et une irradiation directe par rayonnement ionisant sur plusieurs centaines de mètres, voire kilomètres selon la puissance de la bombe. L’explosion s’accompagne de retombées radioactives pouvant s’étendre sur plusieurs dizaines de kilomètres en fonction des vents.
L’explosion d’une bombe radiologique peut entraîner des blessures graves et des dommages matériels, mais les effets restent localisés. Seules les personnes situées très près du site de la déflagration reçoivent un rayonnement susceptible de causer une maladie grave immédiate. Les poussières radioactives peuvent en revanche être disséminées aux alentours (mais sans atteindre l’étendue des retombées d’une bombe nucléaire) et présenter un danger pour la santé si elles sont inhalées ou si elles contaminent la chaîne alimentaire. Outre leur radiotoxicité, certains produits radioactifs présentent une toxicité chimique qui peut produire des effets délétères.
2. Objectifs visés et impact d’une attaque radiologique
L’objectif recherché avec une bombe sale est généralement de :
- contaminer une zone, rendant nécessaire une décontamination longue et coûteuse,
- provoquer la peur et entraîner évacuation et désorganisation économique,
- susciter un impact psychologique et médiatique fort.
3. Conditions de fabrication d’une bombe sale
La fabrication d’un explosif pour une bombe sale ne présente pas de grandes difficultés techniques. Il est en revanche un peu plus compliqué de se procurer des éléments radioactifs pouvant être dispersés sous forme de poussières, d’autant qu’il faut également savoir les manipuler. Cela reste néanmoins beaucoup plus accessible que de fabriquer une bombe nucléaire !
La bombe sale constitue donc une menace sérieuse et plausible, en particulier parce qu’elle peut intéresser les groupes terroristes. Beaucoup d’hôpitaux et d’industries utilisent des matières radioactives. Ces matières radioactives font l’objet d’un commerce florissant, notamment dans les zones d’instabilité et de conflit. Ces sources, pas nécessairement bien sécurisées, peuvent échapper à tout contrôle (voir à ce sujet la gestion des sources radioactives orphelines [6]).
Plusieurs conditions doivent néanmoins être réunies pour parvenir à la fabrication d’un tel engin :
- la source doit être suffisamment radioactive pour provoquer des dommages radiologiques directs, ou tout au moins provoquer un désordre social, sans irradier la personne qui la manipule,
- la source doit être transportable avec suffisamment de blindage pour protéger le porteur, tout en restant manipulable,
- la source doit être suffisamment dispersable pour contaminer effectivement la zone autour de l’explosion.
4. État de la menace et surveillance des sources
Jusqu’à présent, il n’a été recensé aucune attaque aboutie avec une bombe sale. Des tentatives ou des projets ont été suspectés et déjoués, et des saisies de matières ont eu lieu en Europe de l’Est. Cette absence de précédent s’explique probablement par la combinaison de plusieurs facteurs, en premier lieu la difficulté à se procurer une source suffisamment puissante sans être irradié en la manipulant.
La surveillance des sources radioactives s’est en outre accrue depuis les années 2000 avec la mise en place de dispositifs destinés à renforcer leur traçabilité, tels que la directive européenne Euratom 2003/122 et les bases de données de l’AIEA, et l’accentuation des contrôles aux frontières avec des portiques de détection.
5. Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une bombe sale ?
Une bombe sale est un engin explosif improvisé classique auquel sont associés des agents radiologiques. L’explosion disperse des matériaux radioactifs en poussière grâce à l’effet de souffle. Elle combine ainsi l’intensité thermique et mécanique d’un explosif conventionnel à la dissémination de matières radioactives, sans déclencher de réaction nucléaire.
Quelle différence entre une bombe sale et une bombe atomique ?
La bombe atomique repose sur la fission ou la fusion nucléaire, libérant une énergie considérable et des destructions massives sur plusieurs kilomètres. La bombe sale, elle, reste un explosif classique dont les effets radiologiques sont localisés : elle vise davantage la contamination et la panique que la destruction à grande échelle.
Est-il facile de fabriquer une bombe sale ?
La partie explosive ne pose pas de difficulté technique majeure. Le principal obstacle est de se procurer une matière radioactive suffisamment puissante et dispersable, tout en pouvant la transporter et la manipuler sans être irradié soi-même. C’est plus accessible qu’une bombe nucléaire, mais cela reste complexe.
Une attaque à la bombe sale a-t-elle déjà eu lieu ?
Non, aucune attaque aboutie à la bombe sale n’a été recensée à ce jour. Seuls des projets ou tentatives ont été déjoués, avec des saisies de matières en Europe de l’Est. Le renforcement de la traçabilité des sources radioactives depuis les années 2000 explique en partie cette absence de précédent.
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- Voir aussi : Qu’est-ce qu’une bombe sale ? Comment réagir après son explosion ?
https://ouvry.com/quest-ce-quune-bombe-sale-comment-reagir-apres-son-explosion/ [7]