Le Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire [1] (CoSSeN) contribue à la protection des installations et des matières nucléaires civiles contre les actes de malveillance. Ce service interministériel relevant des ministres de l’Intérieur et de l’Énergie a été créé par arrêté en 2016, puis érigé en compétence nationale en 2017.
Ses missions : connaître, anticiper, protéger
Le CoSSeN est à la fois un référent et un pôle d’expertise, ainsi qu’un outil de coordination et de mise en œuvre des politiques de protection de la filière nucléaire contre tout acte de malveillance, agression ou menace, notamment à caractère terroriste.
Il assure le suivi et la formation de toutes les personnes qui accèdent aux sites nucléaires, il collecte les événements survenant dans les entités nucléaires et contribue à améliorer les réponse à ces événements.
Ses missions consistent donc notamment à coordonner les concepts opérationnels et à développer l’expertise des forces de sécurité intérieure en concevant des mesures de protection contre les menaces et les risques et en participant à la préparation des exercices testant les dispositifs de protection.
Dix ans d’activité : une expertise reconnue
Au cours des dix années écoulées, le CoSSeN a approfondi son expertise, à la croisée de la sécurité, du renseignement et du nucléaire. Il est devenu un acteur central et constitue un partenaire indispensable pour la diffusion d’une culture commune de sécurité auprès des institutionnels et des industriels.
Perspectives : relance du nucléaire et menaces nouvelles
Le rôle du CoSSeN est appelé à s’étendre dans les prochaines années. La relance du nucléaire a en effet été confirmée, avec :
– la prolongation du parc actuel jusqu’à 60 ans au moins,
– la volonté politique de développer le nucléaire civil via :
- les petits réacteurs modulaires (SMR),
- des réacteurs à neutrons rapides (prévus d’ici à 2050)
- la construction de six EPR2 (deux EPR2 sur chacun des sites suivants : Penly, Gravelines et le Bugey).
De nombreuses entreprises entreront dans la chaîne d’approvisionnement, ce qui accroîtra l’activité du service : davantage d’accédants à suivre et d’acteurs à sensibiliser, voire de nouvelles entités à intégrer dans les programmes de protection. Il verra notamment remonter une hausse des demandes potentielles en équipement de protection NRBC, en maintenance et en formation, tout d’abord sur les chantiers de construction, puis sur les unités d’exploitation.
Par ailleurs, outre les menaces physiques qui demeurent élevées, d’autres apparaissent, telles celles associées à la cybersécurité ou à l’IA. En raison de son importance stratégique et régalienne, la filière nucléaire représente une cible particulière des ingérences numériques étrangères se manifestant par des opérations de désinformation.
Dix ans après sa création, le CoSSeN s’est imposé comme un maillon essentiel de la sécurité nucléaire civile : un lieu où se croisent renseignement, expertise opérationnelle et culture de la sécurité partagée entre l’État et les industriels. Alors que la filière entre dans une nouvelle phase, avec des chantiers d’ampleur, de nouveaux acteurs et des menaces qui se déplacent vers le numérique, la réussite de cette protection reposera sur la qualité de la coopération entre tous ceux qui y contribuent. Anticiper, coordonner, protéger : ces trois verbes, qui ont guidé la première décennie du CoSSeN, resteront plus que jamais sa feuille de route.