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Les attentats à l’anthrax de 2001

Résumé

Une semaine après le 11 septembre 2001, deux vagues de lettres piégées à l’anthrax frappent les États-Unis, causant 22 cas de contamination et 5 décès. Cet article retrace la chronologie des envois, explique les mécanismes biologiques de la maladie du charbon et ses modes de transmission, et présente les conséquences de ces attaques sur les plans sanitaire et réglementaire.

1. Chronologie des envois de lettres contaminées à l’anthrax

Une semaine après les attentats du 11 septembre, des lettres anonymes contenant des spores d’anthrax mortelles commencent à arriver dans des sociétés de médias et des bureaux du Congrès. Deux vagues d’envois sont identifiées : la première le 18 septembre 2001, la seconde le 9 octobre 2001, ciblant cette fois deux sénateurs, en plus des médias déjà touchés.

2. Bilan clinique et sanitaire des attaques

Entre le 4 octobre et le 20 novembre 2001, 22 personnes ont développé la maladie, réparties entre 11 formes inhalées et 11 formes cutanées. Cinq personnes décèdent. La première victime, employée à la rédaction d’un magazine destinataire des lettres, meurt le 5 octobre. C’est le premier décès causé par l’anthrax aux États-Unis en 25 ans.

Les autres décès touchent notamment deux employés du centre de tri postal de Brentwood, exposés aux spores qui traversaient les enveloppes lors du traitement mécanique du courrier. Les autres personnes décédées n’appartenaient à aucun des groupes à risques identifiés et ont certainement été victimes de contaminations croisées, via le flux postal général. Les spores ont en effet pu contaminer indirectement d’autres enveloppes en circulant dans les machines de tri à grande vitesse, qui aérosolisaient une partie du contenu des enveloppes scellées. Le vecteur postal étant devenu un mode de dissémination secondaire non maîtrisé, 35 installations postales et salles de courrier ont été fermées.

Le vecteur postal étant devenu un mode de dissémination secondaire non maîtrisé, 35 installations postales et salles de courrier ont été fermées.

3. Qu’est-ce que l’anthrax ?

« Anthrax » est le terme anglais pour désigner la maladie dite de la fièvre charbonneuse (ou maladie du charbon). Elle est causée par la bactérie Bacillus anthracis, le bacille du charbon. C’est une maladie très ancienne, connue depuis l’Antiquité chez les animaux d’élevage (bovins, ovins, caprins). C’est une zoonose avant d’être une arme biologique potentielle.

En cas d’exposition à l’air et en l’absence de nutriments, le bacille du charbon produit des spores, forme dormante de la bactérie, qui sont très résistantes, en particulier à la sécheresse et à de nombreuses substances désinfectantes. Elles peuvent survivre dans la terre pendant des décennies. Bénignes en elles-mêmes, les spores présentent un risque lorsqu’elles germent dans un organisme et redeviennent une bactérie active. Celle-ci produit des toxines qui déclenchent une infection bactérienne grave.

4. Modes de transmission de la maladie du charbon

Les spores de la maladie du charbon se transmettent principalement de trois manières :

  • par contact cutané, cas historiquement le plus fréquent et le moins grave
  • par ingestion de viande contaminée, cas rare à la mortalité élevée
  • par inhalation, cas de contamination le plus dangereux : les spores sous forme d’aérosols pénètrent dans les alvéoles pulmonaires, puis sont transportées vers les ganglions lymphatiques médiastinaux où elles peuvent germer. La bactérie active se multiplie, passe dans le sang, et produit ses toxines en masse. Les premiers symptômes évoquent un syndrome grippal, mais évoluent rapidement vers une détresse respiratoire aigüe, un œdème pulmonaire et une septicémie, souvent fatale sans traitement immédiat.

4.1. L’inhalation, mode de contamination mortel en 2001

Lors de l’envoi des lettres en 2001, c’est la contamination par inhalation qui a provoqué les décès. Le diagnostic initial a été retardé par la ressemblance des premiers symptômes avec une grippe classique. Le temps que le lien avec l’exposition aux lettres soit établi, la fenêtre thérapeutique s’était déjà refermée pour certains malades. Une fois la toxémie bien installée, les antibiotiques efficaces contre la bactérie ne neutralisent plus les toxines déjà relâchées dans l’organisme.

Après enquête, les autorités américaines ont finalement conclu en 2010 qu’un chercheur en microbiologie américain était seul responsable de l’envoi des lettres. Il s’était suicidé en 2008, lorsqu’il avait commencé à être soupçonné. Souffrant de troubles psychologiques, il aurait réalisé ces attaques pour montrer la nécessité de produire le vaccin contre la maladie du charbon qu’il avait mis au point.

5. Conséquences sanitaires et sécuritaires

Ces événements ont mis en lumière la lenteur de l’identification microbiologique classique, de 36 à 72 heures pour identifier une bactérie à l’époque, ce qui a eu des conséquences fatales. Ils ont entraîné une accélération du développement de tests PCR de dépistage en temps réel de cette bactérie.

Aux États-Unis, le programme BioWatch [8] a été déployé à la suite de ces attaques pour surveiller en continu l’air de grandes agglomérations à la recherche d’agents biologiques.

En France, ces événements ont directement contribué à la formalisation d’une doctrine NRBC biologique : le plan Biotox [9], mis en place en octobre 2001, comprend un volet de veille et d’alerte sanitaire pour détecter le plus rapidement possible une épidémie naissante et de savoir agir face à une suspicion de dispersion, ainsi qu’un volet de gestion de crise.

Depuis l’envoi de ces lettres contaminées en 2001, aucun acte de bioterrorisme n’a abouti. Aujourd’hui, le bioterrorisme reste une menace crédible, bien que peu probable. Son potentiel de perturbation ou de destruction justifie toutefois pleinement de préparer des dispositifs de prévention et des plans de réponse d’urgence adaptés.


6. Questions fréquentes

Combien de personnes sont mortes lors des attentats à l’anthrax de 2001 ?

Cinq personnes sont décédées entre le 4 octobre et le 20 novembre 2001, sur un total de 22 personnes contaminées (11 formes inhalées et 11 formes cutanées). La première victime est morte le 5 octobre, marquant le premier décès dû à l’anthrax aux États-Unis en 25 ans.

Qui a envoyé les lettres contaminées à l’anthrax en 2001 ?

Les autorités américaines ont conclu en 2010 qu’un chercheur en microbiologie américain, souffrant de troubles psychologiques, était seul responsable des envois. Il s’est suicidé en 2008 alors qu’il commençait à être soupçonné, ayant apparemment agi pour démontrer l’utilité du vaccin contre la maladie du charbon qu’il avait développé.

Quels sont les modes de transmission de la maladie du charbon ?

La maladie se transmet par contact cutané (le cas le plus fréquent et le moins grave), par ingestion de viande contaminée (rare mais souvent mortel) et par inhalation, mode de contamination le plus dangereux, responsable des décès lors des attaques de 2001.

Pourquoi la contamination par inhalation était-elle si mortelle en 2001 ?

Les premiers symptômes ressemblaient à une grippe classique, ce qui a retardé le diagnostic. Une fois la fenêtre thérapeutique refermée et la toxémie installée, les antibiotiques ne pouvaient plus neutraliser les toxines déjà libérées dans l’organisme, rendant l’infection souvent fatale.

Quelles mesures ont été mises en place après ces attaques ?

Ces événements ont notamment accéléré le développement de tests PCR de dépistage rapide, et contribué en France à la mise en place du plan Biotox en octobre 2001, dispositif national de veille et de gestion de crise biologique.