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Munitions à l’uranium appauvri : propriétés, usages et risques sanitaires

Résumé

L’uranium appauvri est employé depuis plusieurs décennies dans l’industrie militaire pour sa forte densité. Son usage dans plusieurs conflits armés récents a soulevé des interrogations sur ses effets sanitaires et environnementaux. Cet article présente ses propriétés, l’état des connaissances scientifiques sur sa toxicité et son statut juridique actuel.

1. Qu’est-ce que l’uranium appauvri ? Origine et propriétés physico-chimiques

L’uranium appauvri est un sous-produit des usines d’enrichissement de l’uranium, qui transforment l’uranium naturel en combustible pour les centrales nucléaires, ou des centres de traitement du combustible usé. Bien que la radioactivité de l’uranium appauvri soit inférieure à celle de l’uranium naturel, ses propriétés chimiques, et en particulier sa toxicité chimique, restent identiques.

L’uranium appauvri possède une forte densité, supérieure à celle du plomb, ce qui en fait un matériau particulièrement recherché pour des usages nécessitant un poids important dans un volume réduit. Dans l’industrie civile, il sert à lester par exemple les quilles des bateaux de compétition. Il est surtout employé par l’industrie militaire dans les munitions perforantes. Ces munitions sont généralement tirées depuis des chars et autres véhicules blindés ou depuis des avions, et visent des véhicules blindés. Les chars tirent des munitions de plus gros calibre (105–125 mm), tandis que les avions, les véhicules de transport de troupes et les véhicules de combat d’infanterie utilisent des munitions de calibre 20-30 mm.

La plupart des munitions à l’uranium appauvri sont simplement des balles pleines en uranium appauvri. Cependant, les munitions de char de gros calibre à l’uranium appauvri se composent généralement d’une tige d’uranium appauvri (pénétrateur), logée dans un « sabot » (ou enveloppe) en aluminium et un boîtier en acier (figure ci-dessous). Lorsqu’elles sont tirées, le sabot et le boîtier sont éjectés, laissant le pénétrateur en uranium appauvri se diriger vers la cible visée, à l’instar des balles de plus petit calibre.

2. Toxicité chimique et radiologique de l’uranium appauvri

Les risques liés à une exposition externe à l’uranium appauvri sont négligeables, car celui-ci n’est que faiblement radioactif, 40 % moins radioactif que l’uranium présent dans l’environnement naturel, et n’ajoute donc que très peu aux niveaux existants de rayonnements ionisants dans l’environnement. Toutefois, le personnel militaire qui manipule des munitions à l’uranium appauvri pendant des périodes prolongées peut être exposé à un risque plus élevé.

En outre, au moment de l’impact, les munitions ou bombes à l’uranium appauvri éclatent, s’enflamment, et entrainent la dispersion dans l’atmosphère de fines poussières du métal et de ses oxydes, sous forme d’aérosols. Facilement emportées par le vent, ces particules peuvent se déposer à plusieurs kilomètres de l’impact et contaminer les sols, l’eau et la chaîne alimentaire. Les principaux risques pour la santé humaine proviennent alors de ces particules ou poussières d’uranium appauvri qui peuvent pénétrer dans l’organisme par inhalation, ingestion ou par une plaie ouverte. Le niveau de risque est déterminé par la voie d’exposition, le niveau d’exposition et les caractéristiques du matériau (par exemple, la taille des particules).

Si l’uranium appauvri pénètre dans l’organisme en quantités suffisantes, il peut causer des lésions rénales en raison de sa toxicité chimique, et les particules inhalées peuvent également endommager le système respiratoire.

2.1. Syndromes de la guerre du Golfe et des Balkans

Les munitions à l’uranium appauvri sont ainsi soupçonnées d’être à l’origine du « syndrome de la guerre du Golfe », puis du « syndrome des Balkans » qui ont affecté les militaires ayant pris part à ces conflits. Ils affirmaient souffrir de fatigue, de maladies pulmonaires, intestinales et cardiaques, et certains ont déclaré des leucémies. L’incidence de l’uranium appauvri dans ces maux reste controversée.

Des études scientifiques conduites par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) au début des années 2000 n’ont pas révélé de risques notables pour la santé des militaires et des civils associés aux résidus des munitions à l’uranium appauvri. Ces études sont toutefois elles-mêmes critiquées pour leur manque de précision et leur inadéquation. Par exemple, les normes de protection internationale contre la radiation prises comme référence traitent uniquement des radiations par voie externe.

Bien que tous les organismes publics concernés continuent à affirmer qu’aucune preuve ne montre que les effets de ces munitions soient significativement nocifs pour toutes les forces opérationnelles ou les civils, l’armée américaine a reconnu que l’uranium appauvri pouvait présenter des dangers.

3. Contamination environnementale et exposition des populations civiles

En raison également de l’absence d’études pertinentes en la matière, la contamination des sols n’a pas été prouvée non plus. Des relevés réalisés en 2003 dans des régions d’Afghanistan où ces munitions auraient été employées ont cependant montré une concentration de particules d’uranium appauvri dans l’eau et les sols supérieure aux seuils acceptés par l’OMS. Il est également établi que l’uranium migre dans les sols et peut atteindre, à plus ou moins long terme, les nappes phréatiques.

Du côté de la population civile, un constat similaire à celui observé chez les militaires a été effectué à Falloudja, en Irak. La ville a été le théâtre de tirs massifs de munitions à l’uranium appauvri et est restée de surcroît jonchée de débris parfois manipulés par la population. Il a été enregistré une forte augmentation du nombre d’enfants présentant des symptômes comme la perte de cheveux, des dérèglements des reins ou de personnes atteintes de leucémies et d’autres cancers. Là encore, le lien de corrélation n’a pas été établi.

4. Statut juridique international : une arme non interdite

Bien que la toxicité des munitions à l’uranium appauvri soit aujourd’hui fortement suspectée, ce type d’arme n’est interdit par aucune convention internationale. Les munitions à l’uranium appauvri restent considérées comme des armes conventionnelles et non pas comme des armes nucléaires, radiologiques ou chimiques.

Ces munitions ne relèvent pas du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui interdit les armes qui ont été rendues toxiques intentionnellement ou dont le but est l’empoisonnement des personnes. Il ne constitue donc pas un cadre approprié pour imposer une interdiction des munitions à l’uranium appauvri.

Le droit international humanitaire coutumier exige que tous les moyens et méthodes de guerre, y compris les munitions à l’uranium appauvri, soient employés en tenant dûment compte de la protection et de la préservation de l’environnement naturel. Dans la conduite des opérations militaires, toutes les précautions possibles doivent être prises pour éviter, et en tout état de cause pour réduire au minimum, les dommages accidentels causés à l’environnement. L’absence de certitude scientifique quant aux effets sur l’environnement de certaines opérations militaires, y compris l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri, ne dispense pas une partie au conflit de prendre de telles précautions.

En 2008, le Parlement européen a adopté une résolution [7] affirmant que « l’emploi d’uranium appauvri dans les conflits viole les règles et principes fondamentaux consacrés par le droit international humanitaire et environnemental » et que « même en l’absence jusqu’à présent de preuves scientifiques irréfutables de dangerosité, il existe de nombreux témoignages sur les effets nocifs, et souvent mortels, tant sur les militaires que sur les civils. » Bien qu’elle ne revête aucun caractère contraignant, elle marque la volonté des députés de faire reconnaître la toxicité de ces munitions et d’obtenir leur interdiction.

L’emploi d’uranium appauvri dans les conflits viole les règles et principes fondamentaux consacrés par le droit international humanitaire et environnemental.

5. Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’uranium appauvri et à quoi sert-il ?

L’uranium appauvri est un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium naturel destiné aux centrales nucléaires. Sa très forte densité, supérieure à celle du plomb, en fait un matériau prisé pour lester des bateaux dans l’industrie civile, mais surtout pour fabriquer des munitions perforantes utilisées par l’industrie militaire contre des véhicules blindés.

L’uranium appauvri est-il radioactif et dangereux pour la santé ?

Il est environ 40 % moins radioactif que l’uranium naturel, ce qui rend l’exposition externe peu risquée. Le danger principal vient des poussières générées à l’impact, inhalées ou ingérées, pouvant causer des lésions rénales et des atteintes respiratoires en cas d’exposition prolongée ou massive.

Quel est le lien entre l’uranium appauvri et le syndrome de la guerre du Golfe ?

Des militaires ayant combattu lors des guerres du Golfe et des Balkans ont rapporté fatigue, troubles pulmonaires, intestinaux, cardiaques et parfois des leucémies. L’uranium appauvri est soupçonné, mais des études de l’OMS et du PNUE n’ont pas confirmé de lien de causalité établi.

L’uranium appauvri contamine-t-il durablement l’environnement ?

Des relevés en Afghanistan ont montré des concentrations de particules supérieures aux seuils de l’OMS dans l’eau et les sols. L’uranium peut migrer et atteindre les nappes phréatiques à long terme. À Falloudja, en Irak, une hausse des maladies infantiles a été observée, sans lien de corrélation formellement établi.

Les munitions à l’uranium appauvri sont-elles interdites par le droit international ?

Non, aucune convention internationale ne les interdit à ce jour. Elles ne relèvent ni du Statut de Rome, ni des textes sur les armes nucléaires, radiologiques ou chimiques. En 2008, le Parlement européen a toutefois adopté une résolution non contraignante dénonçant leurs effets nocifs et appelant à leur interdiction.

📚 Sources & bibliographie