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Programme nucléaire iranien : de l’accord de Vienne aux frappes de 2025

En juin 2025, Israël puis les États-Unis ont bombardé plusieurs installations nucléaires iraniennes. Nous revenons ici sur la question de l’enrichissement de l’uranium et l’histoire des accords internationaux conclus avec l’Iran, dont le délitement progressif a constitué l’un des principaux facteurs déclenchants.

1. Qu’est-ce que l’enrichissement de l’uranium ?

L’uranium naturel contient 0,71 % d’uranium-235, le seul isotope fissile et donc à même de générer de l’énergie si sa concentration est suffisante. Il est utilisé comme combustible dans les réacteurs civils ou les armes nucléaires.

On appelle « enrichissement » l’opération qui consiste à augmenter la proportion d’uranium-235 dans l’uranium naturel : la concentration est de 3 à 5 % pour une utilisation dans les réacteurs civils commerciaux, et jusqu’à 20 % dans les réacteurs de recherche ou les réacteurs navals.

Tant que sa concentration isotopique reste inférieure à 20 %, l’uranium est qualifié de « faiblement enrichi ».

Le nucléaire militaire nécessite un taux d’enrichissement d’environ 90 %. Son utilisation est définie par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), entré en vigueur en 1970. Il autorise cinq pays à enrichir l’uranium à des fins militaires : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie (alors l’URSS).

L’enrichissement est strictement surveillé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) [7].

2. Le nucléaire iranien : historique des tensions

Depuis la fin de la guerre Iran-Irak (1981-1988), les pays occidentaux soupçonnent l’Iran de chercher à fabriquer l’arme atomique. Les tensions se sont exacerbées en 2002 lorsque des inspections de l’AIEA ont confirmé l’existence d’une usine d’enrichissement d’uranium à Natanz.

Après des négociations menées par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, l’Iran accepte temporairement d’arrêter ses activités d’enrichissement, mais les reprend dès 2005, estimant ne pas avoir obtenu les contreparties économiques annoncées.

Les États-Unis, la Russie et la Chine entrent alors à leur tour dans les discussions aux côtés des trois pays européens. Ils forment ainsi le groupe « P5+1 » (les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et l’Allemagne).
Après de nombreuses mises en garde adressées à l’Iran de la part des Nations Unies et de multiples sanctions économiques à l’encontre du pays, et plus de dix années de négociations, l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien [8] est finalement signé en 2015 par l’Iran et les pays « P5+1 ».

3. Que prévoyait l’accord de Vienne

L’accord reposait sur les principaux axes suivants :

  • Limitation de l’enrichissement : l’Iran acceptait de limiter l’enrichissement de l’uranium à 3,67 % pendant quinze ans, et de l’effectuer sur le seul site de Natanz.
  • Diminution des stocks : les réserves d’uranium enrichi au-delà de 3,67 % devaient être expédiées hors d’Iran ou diluées.
  • Surveillance accrue : un régime renforcé d’inspections de l’AIEA était appliqué pendant toute la durée de l’accord, voire au-delà pour certaines activités.

L’objectif majeur était d’appliquer des restrictions qui permettent d’allonger le délai nécessaire à la fabrication d’une arme atomique (appelé le breakout time) à au moins un an, et ce pendant une période de dix ans.

L’objectif majeur était d’allonger le délai nécessaire à la fabrication d’une arme atomique à au moins un an, et ce pendant une période de dix ans.

En échange, l’Iran obtenait une levée progressive des sanctions financières et économiques.

La date d’expiration de l’accord était fixée au 18 octobre 2025, dix ans après son entérinement par les Nations Unies.

4. De la sortie de l’accord aux frappes de 2025

Après l’accession de Donald Trump à la présidence en 2018, les États-Unis se retirent de l’accord. Dès 2019, l’AIEA rapporte que l’Iran dépasse la limite autorisée pour son stock d’uranium faiblement enrichi et le taux d’enrichissement autorisé par l’accord, et a repris des activités d’enrichissement sur le site de Fordo. Par ailleurs, à partir de 2021, l’Iran n’autorise plus l’AIEA à effectuer des contrôles hors des installations déclarées, comme le prévoyait le protocole additionnel de l’accord de Vienne. L’AIEA n’a donc plus la possibilité de retourner sur des sites non déclarés comme nucléaires sur lesquels elle avait relevé des matières nucléaires suspectes.

Début 2025, la situation se dégrade rapidement.

Le stock d’uranium enrichi de l’Iran serait, selon l’AIEA, 30 fois supérieur à la quantité autorisée par l’accord et une partie de ce stock serait enrichie jusqu’à 60 %. Le breakout time du pays serait en outre passé à quelques jours, l’Iran possédant des centrifugeuses avancées capables d’enrichir l’uranium plus rapidement, en particulier sur les sites de Fordo et Natanz.

Le 12 juin 2025, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA publie une résolution constatant le non-respect par l’Iran de ses obligations.

Dès le 13 juin, Israël déclenche une série d’attaques aériennes contre les sites nucléaires iraniens, attaques appuyées à partir du 22 juin par les États-Unis, qui bombardent Natanz, lieu d’enrichissement d’uranium déjà touché par l’aviation israélienne, Ispahan, où seraient conservés des stocks importants de matière fissile, et enfin Fordo, une usine d’enrichissement d’uranium enfouie à 90 mètres sous une montagne.

5. Quelle visibilité aujourd’hui sur le nucléaire iranien ?

L’accord de Vienne est officiellement arrivé à échéance en octobre 2025.

L’AIEA n’a désormais plus aucune visibilité sur les inventaires de matières nucléaires en Iran, y compris l’uranium hautement enrichi. Sans cette surveillance, elle ne peut établir avec certitude ni la localisation des stocks d’uranium enrichi, ni l’étendue des dommages causés par les frappes, ni le détournement éventuel de matériel.


6. Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’enrichissement de l’uranium et à quoi sert-il ?

L’enrichissement de l’uranium consiste à augmenter la proportion d’uranium-235, le seul isotope fissile, dans l’uranium naturel. Une concentration de 3 à 5 % suffit pour les réacteurs civils commerciaux, tandis que le nucléaire militaire nécessite environ 90 % d’enrichissement. Ce processus est strictement surveillé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Que prévoyait l’accord de Vienne de 2015 sur le nucléaire iranien ?

L’accord de Vienne, signé en 2015 par l’Iran et le groupe P5+1, limitait l’enrichissement iranien à 3,67 % pendant quinze ans, uniquement sur le site de Natanz. Il imposait une réduction des stocks d’uranium enrichi et un renforcement des inspections de l’AIEA. En échange, l’Iran bénéficiait d’une levée progressive des sanctions économiques et financières.

Pourquoi Israël et les États-Unis ont-ils frappé les installations nucléaires iraniennes en 2025 ?

En juin 2025, après qu’une résolution de l’AIEA a constaté le non-respect par l’Iran de ses obligations, Israël a lancé des frappes aériennes contre les sites nucléaires iraniens dès le 13 juin. Les États-Unis ont rejoint ces opérations le 22 juin, ciblant notamment Natanz, Ispahan et Fordo, en raison d’un stock d’uranium iranien estimé à 30 fois la limite autorisée par l’accord et d’un breakout time réduit à quelques jours.

Quelle est la situation du contrôle international du nucléaire iranien après les frappes de 2025 ?

Depuis la fin de l’accord de Vienne en octobre 2025 et la restriction des accès imposée par l’Iran depuis 2021, l’AIEA n’a plus aucune visibilité sur les inventaires de matières nucléaires iraniens. Elle ne peut donc ni confirmer la localisation des stocks d’uranium enrichi, ni évaluer précisément les dommages causés par les frappes militaires de 2025, ni écarter un détournement éventuel de matériel nucléaire.