- Ouvry – Systèmes de protection NRBC - https://ouvry.com -

Tchernobyl : de la catastrophe nucléaire de 1986 aux enjeux actuels du conflit en Ukraine

Résumé

Le 26 avril 1986, l’explosion du réacteur n° 4 de Tchernobyl déclenchait la plus grave catastrophe nucléaire civile jamais enregistrée. Quarante ans plus tard, l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 a replacé ce site au cœur de l’actualité mondiale. Occupation militaire, perturbation de la forêt rousse hautement radioactive, incendies en zones contaminées, endommagement de l’arche de protection par un drone russe : les risques radiologiques ont été ravivés. Malgré une situation encore incertaine, les autorités ukrainiennes envisagent désormais une réutilisation partielle de la zone d’exclusion, notamment via l’installation de petits réacteurs modulaires et le stockage de déchets nucléaires.

1. Retour sur les faits

Le 26 avril 1986, le réacteur n° 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, explosait lors d’un test de sécurité. Le cœur du réacteur est entré en fusion, libérant un nuage radioactif dans l’atmosphère. Une zone d’exclusion de 30 kilomètres a été établie autour du site et environ 350 000 personnes ont été évacuées. Des centaines de milliers de « liquidateurs » ont été envoyés pour contenir la catastrophe dans des conditions extrêmes. Un grand nombre d’entre eux sont décédés des suites de l’irradiation. L’accident est classé au niveau 7 de l’échelle internationale des événements nucléaires, le niveau maximal, ce qui en fait la catastrophe nucléaire civile la plus grave jamais enregistrée.

2. Le confinement du réacteur

Un premier sarcophage de béton a été construit dès 1986 pour confiner les restes du réacteur. Il a été recouvert en 2016 par une arche métallique conçue pour contenir les matériaux radioactifs et stabiliser le sarcophage initial, très fragilisé. Elle doit aussi permettre le démantèlement du réacteur.

Près de quarante ans après la catastrophe, l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a replacé Tchernobyl au cœur de l’actualité.

3. L’occupation russe et ses conséquences radiologiques

3.1. Perturbation de la zone et risques sanitaires

L’armée russe a pris le contrôle du site dès le premier jour du conflit. Des véhicules blindés ont pénétré dans la zone d’exclusion, en particulier dans la « forêt rousse ». Interdite d’accès depuis 1986, elle doit son nom à la couleur des pins, qui ont été brûlés par les niveaux élevés de rayonnement radioactif. Cet endroit demeure l’un des plus contaminés au monde. Pendant plusieurs semaines, les soldats russes ont soulevé des poussières radioactives avec les véhicules, remué le sol pour creuser des tranchées et construire des fortifications. Ces mouvements ont entraîné une augmentation locale des niveaux de radiation, ce qui soulève des questions sur l’état de santé des forces russes restées sur place un mois.

3.2. Incendies et dégradation de la situation radiologique

La détérioration de la situation radiologique dans la zone d’exclusion et au-delà s’explique également par les incendies de forêt qui se sont déclenchés dans les zones contaminées, accrus par l’activité militaire dans la zone. L’occupation de la zone d’exclusion par les troupes russes a rendu impossible le déploiement des pompiers et, par la même, la limitation de la ré-aérosolisation des particules radioactives.

4. Dommages sur l’arche de protection et surveillance de la radioactivité

En février 2025, l’arche de protection a été endommagée par une attaque de drone russe. En décembre, les inspecteurs de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) ont constaté que la structure en acier a été percée et ne peut plus remplir ses fonctions premières de blocage des radiations, même si les éléments porteurs et les systèmes de surveillance n’ont subi aucun dégât permanent.

De son côté, l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) assure une veille régulière des niveaux de radioactivité sur le territoire ukrainien depuis le début du conflit. L’analyse des données disponibles n’a montré aucune élévation de la radioactivité à proximité immédiate de la centrale, et la radioactivité ambiante dans la zone reste stable. L’AIEA recommande néanmoins de restaurer l’intégrité du bouclier de protection pour garantir une sécurisation maximale du site et de l’écosystème.

5. Vers une réutilisation de la zone d’exclusion ?

Malgré ce contexte d’incertitude, des projets sont à l’étude pour l’avenir de la zone d’exclusion. Dans un rapport présenté en mars 2026, l’Agence d’État ukrainienne pour la gestion de la zone d’exclusion (SAUEZM), chargée du contrôle de la radioactivité, indique que celle-ci est restée globalement stable en 2025. Au regard de ces chiffres, elle envisage d’implanter deux petits réacteurs modulaires (SMR) dans deux villages situés dans la zone d’exclusion, à moins de 10 kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl. La zone d’exclusion pourrait également accueillir un site de stockage pour les déchets radioactifs et le combustible nucléaire usé.

6. Questions fréquentes

Pourquoi l’accident de Tchernobyl est-il classé au niveau 7 de l’échelle nucléaire ?

Le niveau 7 de l’échelle internationale des événements nucléaires (INES) correspond au niveau maximal. Il a été attribué à Tchernobyl en raison de la fusion du cœur du réacteur, de la dispersion massive de matières radioactives dans l’atmosphère, de l’évacuation de 350 000 personnes et du nombre très élevé de liquidateurs décédés des suites de l’irradiation. Seul Fukushima en 2011 partage ce classement.

Quels risques radiologiques l’occupation russe a-t-elle engendrés à Tchernobyl ?

L’occupation a provoqué plusieurs risques : les véhicules blindés ont soulevé des poussières radioactives dans la forêt rousse, les soldats ont remué le sol contaminé pour construire des fortifications, et des incendies de forêt en zones contaminées n’ont pu être maîtrisés faute d’accès pour les pompiers. Ces activités ont entraîné une hausse locale des niveaux de radiation et une ré-aérosolisation de particules radioactives.

L’arche de protection de Tchernobyl est-elle encore fonctionnelle après l’attaque de drone ?

Endommagée en février 2025 par un drone russe, l’arche métallique ne peut plus remplir pleinement sa fonction de blocage des radiations. Les inspecteurs de l’AIEA ont confirmé que la structure en acier a été percée, bien que les éléments porteurs et les systèmes de surveillance n’aient subi aucun dégât permanent. L’AIEA recommande de restaurer son intégrité dans les meilleurs délais.

La radioactivité autour de Tchernobyl a-t-elle augmenté depuis le début du conflit ?

Selon l’ASNR, qui surveille régulièrement la radioactivité en Ukraine depuis février 2022, aucune élévation significative n’a été détectée à proximité immédiate de la centrale. La radioactivité ambiante dans la zone reste globalement stable, même si des hausses locales et temporaires ont été observées lors de perturbations du sol et d’incendies en zones contaminées.

Quels projets sont envisagés pour la zone d’exclusion de Tchernobyl ?

Selon le rapport de mars 2026 de la SAUEZM, la radioactivité étant restée stable en 2025, l’Ukraine envisage d’implanter deux petits réacteurs modulaires (SMR) dans des villages de la zone d’exclusion, à moins de 10 kilomètres de la centrale. La zone pourrait également devenir un site de stockage pour les déchets radioactifs et le combustible nucléaire usé.