Plus de quatre-vingts ans après les bombardements atomiques, les derniers témoins directs disparaissent. Les hibakusha, survivants exposés aux radiations, n’étaient plus que 99 100 en 2025, contre 650 000 à la fin de la guerre. Leur organisation, Nihon Hidankyo, récompensée du prix Nobel de la paix 2024, a porté un discours pacifiste international et pesé dans l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Musées, programmes de « successeurs » et objets prennent aujourd’hui le relais pour que cette mémoire survive à la disparition des derniers témoins.
Le 6 août 1945, une bombe atomique américaine détruisait Hiroshima, faisant environ 140 000 morts. Trois jours plus tard, le 9 août, une seconde bombe frappait Nagasaki, tuant près de 80 000 personnes. Plus de quatre-vingts ans après, ces deux dates continuent de donner lieu à des commémorations immuables au Japon : cérémonies au petit matin, lâchers de lanternes, minutes de silence. Cependant, les témoins directs disparaissent au fil des ans. Appelés hibakusha, littéralement les « personnes affectées par la bombe », ils ont porté cette mémoire pendant huit décennies. Leur nombre diminuant chaque année de manière inéluctable, comment se perpétuera cette mémoire lorsque plus aucune voix directe ne pourra la transmettre ?
1. Qui sont les hibakusha ?
Le terme hibakusha ne désigne pas un groupe homogène. Il recouvre toutes les personnes exposées aux bombardements : celles présentes dans les deux villes au moment de l’explosion, celles entrées dans les zones touchées dans les deux semaines suivantes, les victimes directes, mais aussi les fœtus portés par des femmes enceintes exposées aux radiations, les victimes indirectes. Leur liste complète est répertoriée à Hiroshima et Nagasaki. Au fil des ans, leur nombre diminue inexorablement : ils étaient 650 000 à la fin de la guerre, 99 100 en 2025.
Outre les séquelles physiques, les hibakusha ont souffert de séquelles psychologiques ou sociales, souvent sur plusieurs générations. L’ignorance des maux provoqués par la bombe atomique, les stigmates sur la peau et la peur d’être irradié à leur contact ont provoqué des réactions de rejet de la part de la société japonaise et une profonde misère sociale parmi les hibakusha.
2. Nihon Hidankyo, l’organisation des hibakusha récompensée par le prix Nobel de la paix 2024
Certains hibakusha ont choisi de transformer leur expérience en engagement collectif pour transmettre leur mémoire. C’est ainsi qu’est née en août 1956 Nihon Hidankyo, la plus grande organisation japonaise des survivants des bombardements atomiques. Elle a poursuivi un double objectif : œuvrer pour que l’État japonais reconnaisse et prenne en charge les hibakusha et porter un discours pacifiste à l’échelle internationale. Elle a notamment joué un rôle déterminant dans l’élaboration du traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur en 2021 et ratifié par 73 pays, qui interdit la mise au point et la possession d’armes atomiques.
Nihon Hidankyo a reçu le prix Nobel de la paix en 2024. Le comité a ainsi salué les actions menées par l’organisation en faveur d’un monde sans armes nucléaires et la manière dont les témoignages des hibakusha ont contribué à montrer que ces armes ne devraient plus jamais être utilisées. Les récits des hibakusha ont permis d’appréhender une souffrance qui était restée jusqu’alors incompréhensible pour le reste du monde.
À titre d’exemple, Masako Wada est une hibakusha, survivante du bombardement atomique de Nagasaki. Masako Wada avait 22 mois lorsque la bombe atomique a été larguée sur Nagasaki. Bien qu’elle fût trop jeune pour se souvenir de ce qui s’était passé ce jour-là, sa mère lui racontait de temps à autre son expérience. Peu à peu, Masako a pris conscience : « je suis une hibakusha. » Elle s’est engagée dans les activités d’une association locale de survivants de la bombe atomique, dont la mission est de veiller à ce qu’il n’y ait plus jamais de hibakusha. Depuis 2015, elle occupe le poste de secrétaire générale adjointe de Nihon Hidankyo.
3. L’urgence de transmettre la mémoire des hibakusha
Nihon Hidankyo s’inquiète aujourd’hui du vieillissement de ses membres, dont la moyenne d’âge dépasse les 85 ans. Leur témoignage possédait une puissance considérable. Comment leur mémoire leur survivra-t-elle ? Des institutions portent le devoir de mémoire.
3.1. Les relais de la mémoire d’Hiroshima et Nagasaki
Outre une exposition d’objets ayant appartenu aux victimes et des vestiges, le Musée du mémorial de la paix d’Hiroshima a organisé un programme de « successeurs », véritable formation au cours de laquelle les candidats ont recueilli les témoignages des hibakusha pour pouvoir ensuite à leur tour retransmettre leur récit.
À Hiroshima toujours, le Mémorial national de la paix pour les victimes de la bombe atomique recueille et conserve les témoignages des survivants, dans la perspective explicite de préserver cette expérience pour les générations futures.
Cette transmission passe aussi par des objets qui ont eux-mêmes traversé le bombardement. C’est le cas des pianos hibaku (littéralement, les pianos touchés par la bombe) : onze exemplaires sont recensés comme ayant survécu aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Restaurés et exposés dans un musée qui leur est réservé, ils sont régulièrement joués lors de concerts commémoratifs ou d’événements en faveur de la paix.
Ces différentes actions ne remplacent pas la parole directe des hibakusha, mais en organisent la conservation pour le moment où elle aura disparu. Pour perpétuer la mémoire d’Hiroshima et Nagasaki, l’enjeu est aujourd’hui de passer d’une mémoire portée par les témoignages directs à une mémoire transmise par héritage, et de préserver la force du vécu.
4. Questions fréquentes
Qui sont les hibakusha ?
Les hibakusha sont les personnes exposées aux bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945 : celles présentes lors de l’explosion, celles entrées dans les zones touchées dans les deux semaines suivantes, ainsi que les fœtus portés par des femmes enceintes exposées aux radiations. Ce terme japonais signifie littéralement « personnes affectées par la bombe ».
Combien reste-t-il de hibakusha en 2025 ?
Le nombre de hibakusha diminue inexorablement chaque année. Ils étaient environ 650 000 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, contre 99 100 en 2025. La moyenne d’âge des membres de leur principale organisation, Nihon Hidankyo, dépasse aujourd’hui 85 ans.
Pourquoi Nihon Hidankyo a-t-elle reçu le prix Nobel de la paix ?
Nihon Hidankyo a reçu le prix Nobel de la paix en 2024 pour son action en faveur d’un monde sans armes nucléaires. Le comité Nobel a salué la manière dont les témoignages des hibakusha ont permis de faire comprendre au monde une souffrance jusqu’alors incompréhensible, et son rôle dans l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires.
Comment la mémoire des hibakusha est-elle transmise aujourd’hui ?
Face à la disparition progressive des témoins directs, plusieurs institutions organisent la transmission de leur mémoire : le Musée du mémorial de la paix d’Hiroshima forme des « successeurs » chargés de retransmettre les récits recueillis, tandis que le Mémorial national de la paix conserve les témoignages pour les générations futures.
Qu’est-ce qu’un piano hibaku ?
Un piano hibaku est un piano ayant survécu aux bombardements atomiques d’Hiroshima ou de Nagasaki. Onze exemplaires sont recensés, restaurés et exposés dans un musée qui leur est dédié. Ils sont régulièrement joués lors de concerts commémoratifs ou d’événements en faveur de la paix.
📚 Sources & bibliographie
-
Le combat des « successeurs » pour la mémoire d’Hiroshima
https://www.lemonde.fr/international/article/2020/08/05/le-combat-des-successeurs-pour-la-memoire-d-hiroshima_6048231_3210.html -
Les hibakusha, passeurs de mémoire nucléaire
https://www.iris-france.org/62093-les-hibakusha-passeurs-de-memoire-nucleaire/ -
Qui sont exactement les Hibakusha, survivants de la bombe atomique ?
https://www.youtube.com/watch?v=i9oF7WpCKvQ


