Une nouvelle épidémie d’Ebola sévit en RDC depuis mai 2026, causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique. Identifiée dans la province d’Ituri et désormais présente en Ouganda, elle a conduit l’OMS à déclencher une urgence sanitaire internationale. Cet article présente les caractéristiques du virus Ebola, l’historique des épidémies, la situation actuelle et les pays à risque, ainsi que les mesures de protection collectives et individuelles disponibles pour les soignants et les populations exposées.
1. Qu’est-ce que la maladie à virus Ebola ?
La maladie à virus Ebola peut être causée par plusieurs virus de la famille des filoviridés. Le nom « Ebola » lui a été donné en référence à une rivière située au nord de la RDC (ex-Zaïre) où l’agent pathogène a été repéré pour la première fois, en 1976.
Six espèces de virus Ebola ont été identifiées, dont trois sont à l’origine d’épidémies chez l’humain :
- ebolavirus Zaïre
- ebolavirus Soudan
- ebolavirus Bundibugyo.
1.1. Réservoir et modes de transmission
Les chauve-souris frugivores pourraient être les principaux réservoirs du virus, mais il n’existe à ce jour aucune preuve formelle. Le virus peut infecter un grand nombre d’animaux. Dans les semaines précédant une épidémie chez l’homme, on observe souvent une épizootie chez les grands primates, tels que les gorilles et les chimpanzés, ou les antilopes. Les chasseurs en contact avec des animaux malades, plus facilement capturés, pourraient contracter le virus et transmettent la maladie.
La propagation entre humains s’effectue ensuite par :
- contact direct avec les fluides corporels (sang, salive, sueur, sperme, matières fécales),
- contact indirect avec des objets contaminés, comme des seringues.
Le risque de transmission par aérosol reste très limité, sauf dans des cas particuliers (intubation en service de réanimation par exemple). Une personne infectée devient contagieuse uniquement à l’apparition des premiers symptômes et la contagiosité augmente dès lors que la maladie est installée. La période d’incubation est le plus souvent de 5 à 12 jours. Les personnes décédées restent également hautement contagieuses pendant plusieurs jours.
1.2. Symptômes et létalité
Les premiers symptômes de la maladie évoquent ceux de la grippe : forte fièvre, douleurs musculaires, maux de tête. Ils sont suivis de vomissements, de diarrhées, d’éruptions cutanées, et dans certains cas d’hémorragies internes et externes.
Le taux de létalité moyen est de 50 %.
2. Historique des épidémies d’Ebola en Afrique
La première épidémie d’Ebola connue date de 1976, année d’identification du virus. Elle a touché un dispensaire dans une zone reculée de la forêt tropicale de l’actuelle RDC (alors Zaïre). Son taux de contagiosité et de létalité extrêmement élevé avait déjà suscité une vive inquiétude. Elle a provoqué la mort de 280 personnes, dont le personnel sanitaire, avant de s’éteindre d’elle-même, faute de vecteurs de transmission. D’autres épidémies d’ampleur limitée se sont ensuite produites dans cette région d’Afrique centrale.
L’année 2013 a constitué un tournant majeur. Pour la première fois, une épidémie d’Ebola touche l’Afrique de l’Ouest. Des cas sont identifiés en Guinée, et du fait des échanges routiers et aériens, l’épidémie se propage en Sierra Leone, au Liberia, et, dans une moindre mesure au Nigeria, au Sénégal et au Mali. L’agent pathogène identifié est l’ebolavirus Zaïre, l’espèce la plus mortelle de cette famille de virus. La fin de l’épidémie est annoncée en 2016, après plus de 11 000 décès recensés officiellement. L’ampleur de cette épidémie a accéléré la recherche médicale, conduisant à l’homologation de deux vaccins par l’OMS.
Ces vaccins ont été utilisés lors des deux flambées épidémiques suivantes, également provoquées par la souche Zaïre :
- épidémie de 2018, dans le nord-ouest de la RDC : jugulée en 2020 grâce à une campagne massive de vaccination en anneau, c’est-à-dire la vaccination des cas contact ;
- épidémie de l’automne 2025, dans la province de Kasaï, au sud-ouest de la RDC : rapidement maîtrisée grâce à une identification précoce des cas et une campagne de vaccination.
3. Épidémie d’Ebola 2026 : situation actuelle et pays à risque
À la mi-mai 2026, les autorités sanitaires de la RDC ont signalé l’apparition de cas au nord-est du pays, dans la province d’Ituri, frontalière avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. Alors que de nouveaux cas étaient rapportés en Ouganda et à Goma, ville de RDC située à plus de 500 km de l’Ituri, les analyses effectuées en laboratoire ont identifié le virus Bundibugyo. Cette souche, responsable par le passé de flambées épidémiques très circonscrites en Ouganda et en RDC, reste mal connue et ne bénéficie jusqu’à présent d’aucun vaccin.
Face à cette crise sanitaire, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) le 17 mai. Il s’agit de son deuxième niveau d’alerte le plus élevé, ce qui témoigne de la gravité de la situation et du risque élevé de propagation locale et régionale. De son côté, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), institution autonome chargée de prévenir et de contrôler les maladies en Afrique, a porté à 11 la liste des pays menacés par l’épidémie désormais présente dans trois provinces de la RDC et en Ouganda : le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Congo, le Burundi, l’Angola, la Centrafrique, la Zambie et la Somalie.
L’OMS juge toutefois « faible » le risque de pandémie, notamment parce que le virus n’est pas respiratoire et qu’il se transmet par contact direct avec des fluides biologiques.
4. Facteurs de propagation de la crise actuelle
Plusieurs facteurs expliquent l’inquiétude exprimée par le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus :
- le diagnostic tardif des premiers cas, probablement plusieurs semaines après leur apparition, ce qui contribue à une progression incontrôlée de la maladie : les tests de séquençage du matériel génétique du virus (tests PCR) utilisés dans un premier temps étaient optimisés pour le virus Zaïre et n’ont pas détecté le virus Bundibugyo ;
- la sous-estimation du nombre réel de cas ;
- l’écosystème socio-économique du principal foyer épidémique, situé entre la RDC, le Soudan du Sud et l’Ouganda : il s’agit d’une région aurifère à forte densité qui connaît en permanence d’importants mouvements de population ;
- la désinformation et la défiance de la population envers les institutions ;
- la présence de groupes armés qui rendent l’accès à certaines zones difficile ;
- l’absence de protocole de protection lors des rites funéraires, au cours desquels les proches sont en contact direct avec le défunt, qui demeure infectieux.
5. Séquelles à long terme
Les séquelles d’Ebola (appelées syndrome post-Ebola, ou SPE) touchent une large proportion des survivants, jusqu’à 4 sur 5 selon certaines études. Les séquelles physiques les plus fréquentes comprennent arthralgies, céphalées chroniques, troubles visuels, fatigue persistante et troubles de l’ouïe. Des atteintes neurologiques (troubles mnésiques, difficultés de concentration) sont observées, y compris chez les enfants. Les études menées montrent que les symptômes persistent dans le temps. Les survivants présentent par ailleurs un risque élevé de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression, souvent aggravé par la stigmatisation sociale.
En janvier 2026, un préprint a mis en évidence les biomarqueurs métaboliques potentiels du SPE, ouvrant la voie à un diagnostic biologique. Il n’existe toutefois toujours aucun traitement spécifique approuvé du SPE.
6. Comment se protéger contre le virus Ebola ?
Le déclenchement de l’USPPI s’accompagne de recommandations : mise en place de dispositifs de gestion des catastrophes sanitaires et de centres d’opérations, sensibilisation des populations, traçage des cas, et coordination des actions à l’échelle nationale et internationale.
Bien que l’Africa CDC se soit engagé à rendre disponible un vaccin contre la souche Bundibugyo d’ici la fin 2026, sa mise au point et son déploiement pourraient prendre de nombreux mois car il n’existe actuellement aucun produit en phase clinique.
6.1. Prise en charge et mesures collectives
En l’absence de traitement spécifique avéré, des traitements symptomatiques sont appliqués (réhydratation, transfusion, réanimation) pour éviter les décès des malades. Il est crucial de protéger la population pour prévenir les contaminations :
- isolement des malades ;
- suivi des cas contacts ;
- communication auprès des communautés touchées pour une meilleure application des protocoles barrières et l’adaptation des rites funéraires pour protéger la famille du défunt.
6.2. Protection du personnel soignant
La protection des soignants repose sur le respect des protocoles de protection et de décontamination et le port d’équipements de protection individuels spécifiques :
- combinaison de protection biologique de type 3, étanche aux liquides pathogènes ;
- masque de protection respiratoire ;
- lunettes couvrantes ou heaume protecteur ;
- gants, bottes et surbottes étanches.
Cette épidémie rappelle que le virus Ebola reste une menace en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.
Une détection plus précoce des cas, grâce notamment à des tests permettant d’identifier immédiatement les différentes souches du virus, aurait permis de contrôler la propagation de l’épidémie. En l’absence de traitement spécifique et de vaccin contre la souche Bundibugyo, la maîtrise de cette flambée épidémique repose sur la rigueur des protocoles de protection et la coordination internationale pour la gestion des soins et la mise à disposition d’EPI.
7. Questions fréquentes
Qu’est-ce que la souche Bundibugyo du virus Ebola ?
La souche Bundibugyo est l’une des trois espèces du virus Ebola ayant provoqué des épidémies chez l’humain. Elle est responsable de flambées circonscrites survenues par le passé en Ouganda et en RDC. Elle reste mal connue scientifiquement et, contrairement à la souche Zaïre, ne dispose d’aucun vaccin approuvé à ce jour, ce qui complique la réponse sanitaire face à l’épidémie de 2026.
Comment le virus Ebola se transmet-il entre humains ?
La transmission entre humains s’effectue par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée (sang, salive, sueur, sperme, matières fécales) ou par contact indirect avec des objets contaminés. Le risque de transmission par aérosol est très limité. Une personne infectée ne devient contagieuse qu’à l’apparition des premiers symptômes, et les personnes décédées restent hautement contagieuses pendant plusieurs jours.
Quels sont les équipements de protection recommandés contre Ebola pour les soignants ?
Le personnel soignant doit porter une combinaison de protection biologique de type 3 étanche aux liquides pathogènes, un masque de protection respiratoire, des lunettes couvrantes ou un heaume protecteur, ainsi que des gants, bottes et surbottes étanches. Le respect strict des protocoles de décontamination est tout aussi essentiel que le port des équipements pour éviter toute contamination.
Quels pays sont menacés par l’épidémie d’Ebola 2026 ?
L’Africa CDC a identifié 11 pays menacés par l’épidémie en plus de la RDC et de l’Ouganda, déjà touchés : le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Congo, le Burundi, l’Angola, la Centrafrique, la Zambie et la Somalie. L’OMS a déclenché une urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai 2026, tout en jugeant le risque de pandémie mondiale « faible ».
Quelles sont les séquelles d’Ebola chez les survivants ?
Le syndrome post-Ebola (SPE) touche jusqu’à 4 survivants sur 5 selon certaines études. Il se manifeste par des arthralgies, des céphalées chroniques, des troubles visuels et auditifs, une fatigue persistante ainsi que des atteintes neurologiques. Les survivants présentent aussi un risque élevé de troubles psychologiques (stress post-traumatique, anxiété, dépression), souvent aggravés par la stigmatisation. Il n’existe à ce jour aucun traitement spécifique approuvé.


